Depuis le début des temps, l’être humain crée, s’exprime et parle avec les images et la musique…
Une image vaut mille mots.

J’ai cinq ans lorsque mon père est emporté par la tuberculose. Dès trois ans, une souffrance causée par son absence de la maison due à la maladie sculpte mon âme.

Quelques jours avant de mourir, on lui accorde la faveur de revoir ses trois enfants. Dans mon rêve, haute comme trois pommes, je suis debout près du moribond qu’on a assis pour l’occasion dans un fauteuil roulant. Je me souviens qu’un soleil d’hiver entrait par les fenêtres, que ses rayons réchauffaient mon visage. Des trémolos dans la gorge, il chuchote : « ma petite chérie vient voir papa. »

Je ne le reconnais plus et je bute à une incompréhension. Les souvenirs que j’ai gardés de mon père dans ma mémoire alors qu’il vivait avec nous à la maison sont différents de l’image que me revoit le malade qui se meurt.

Grand-maman me prend la main, elle me regarde dans les yeux pour me dire : « Kathleen, ton papa veut t’embrasser, approche-toi près de lui, ne lui fais pas de peine. » De toute mon âme, je me désole. Il prend mes petites mains dans les siennes et verse une larme. Je croise son regard, je ferme les yeux.

Après sa mort, régulièrement, il m’apparaissait dans un univers gris habillé en complet. Il avait l’air bien, mais il était si triste. Il me souriait, j’avais froid et, paralysée par la peur, je réchauffais mon corps pour qu’il disparaisse.

À la petite école, on disait de moi que j’étais une enfant tannante, que je demandais beaucoup. On accusait la couleur de mes cheveux d’être responsable de mon petit caractère. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait et mémère Potvin n’était plus là pour me consoler.

Alors que je me réfugiais dans la rêverie, je me réconciliais avec mon âme. Mon sixième sens en effervescence, dans le bonheur comme dans l’adversité, je trouvais à l'intérieur de moi la force et le courage de résister aux moqueries, de franchir les obstacles et d’affronter l’inconnu.

Ma mère se remarie. Nous quittons notre maison et la famille s’agrandit. Parce que je me prénomme Kathleen et que j’ai la tête rouge dans mon entourage, je marque la différence. Je suis l’unique rousse de la famille et, sans doute pour m’encourager, ma mère devient rouquine. Au début de l’adolescence, j’aurais voulu être comme mes camarades et faire disparaître mes cheveux roux d’un coup de baguette magique.

Je devinais les gens, j’avais la répartie facile et je frustrais quand je présumais que mes amies voulaient me jouer un sale tour ou me mettre à l’écart. Ils ont réussi à me faire accroire que la couleur de mes cheveux était la cause de tous mes problèmes. Pour faire la différence dans le regard des autres, j’ai teint mes cheveux.

Enfin, j’ai les cheveux noirs. Je me fais violence et je dénie ma nature médiumnique. Quelques mois avant mon quinzième anniversaire, je quitte l’école, ma famille, ma ville. Toutes mes affaires logent dans un sac de voyage, j’immigre à Montréal.

Je me trouve un travail dans une manufacture de sacs en papier. À l’époque, je gagne quarante-cinq piastres par semaine. Ouf ! Avec un appartement à payer, ce n’était pas le temps de souffrir de mégalomanie. Je me suis fait un amoureux, je tombe enceinte et, à dix-sept ans, je suis maman pour la première fois.

Je redeviens rousse. Tout doucement, les rêves aux couleurs de mon enfance reviennent plus lumineux. Je suis attirée vers la spiritualité, l’appétence de comprendre qui je suis à l’intérieur exalte mon âme.


À l'époque, je dévalise les comptoirs des libraires ésotériques. Je lis tout ce qui me tombe sous la main, y compris la Bible. Dans les livres, j’avais des réponses, mais il me manquait le contact avec les gens qui vivaient les mêmes expériences que moi.

Je me rappellerai toujours ma première rencontre avec Alex Tanous. Une amie avait lu un article sur lui, elle voulait qu’on aille ensemble à l’une de ses conférences. Alors, avec deux amies, je me suis rendu dans un auditorium à Montréal (je ne me souviens plus de l’endroit), mais il y avait Alex Tanous, ce grand parapsychologue américain, qui faisait beaucoup jaser. À ce moment-là, je ne le connais pas, je n’avais jamais entendu parler de lui. Voir, je n’avais jamais croisé de médium.

Pendant l’entracte, les gens se pressaient autour de lui pour lui prendre la main, lui demander de les guérir de toutes sortes de maladies ou, tout simplement, ils voulaient connaître leur avenir. Adossée à un mur, dans un coin d’ombre, je regardais la scène et ce fut mon tour.

Lorsque je lui ai touché la main, il s’est passé quelque chose d’incroyable, de merveilleux me transportant à la frontière de l’infini. Instinctivement, à l'unisson, nos mains libres se sont touchées, nos regards se sont croisés, le temps comme je le connais s’est arrêté. Je suis allée faire une petite visite, au-dedans de lui et lui, au-dedans de moi. À l’intérieur de moi, j’ai senti passer un courant ensoleillé, doux comme un frisson dans le cœur qui me parcourait l’échine. Une grisaille émane de lui. J’ai senti une grande solitude comme si une ombre noire le tourmentait et que mon soleil intérieur voulait la dissiper.

Nous nous sommes lâché les mains, spontanément je lui ai dit : « mais, comment pouvez-vous vous sentir si seul avec autant de personnes autour de vous. » Il m’a répondu : « tu as vu mon âme ».
Aujourd’hui, je lui dirais : « toi aussi mon vieux tu as vu la mienne ! »

Sur le plan physique, les rencontres avec Alex se sont échelonnées sur une période de cinq ans. Quand il était au Québec, j’étais heureuse d’assister à ses conférences et à certains séminaires. Sur le plan éthérique par de merveilleux rêves les rencontres se sont poursuivi quelques années de plus.

Je ne crois pas au hasard et j’accueille les aventures et les impondérables qui foisonnent sur mon chemin de vie comme prédestinés. Je ne comprends pas d'emblée ce qui m’arrive ; mais, au fond, ces expériences heureuses ou malheureuses forgent mon Être.

La vie nous envoie des signes que l’on refuse de voir… Pour sortir de l’ombre, il suffit d’une étincelle !

J’ai écrit l’histoire de L’héritier à la suite de la mort d’une jeune fille de dix-sept ans que j’aimais beaucoup ; mais, ce n’est pas son histoire. Comme suite à sa mort, je me questionnais, je me questionne toujours sur les raisons qui poussent les humains à manquer d’amour les uns envers les autres.

Son suicide était-il un antidote à sa souffrance ? Aurait-on pu éviter ça ? Non. C’était son choix de vie.
J’ai répondu à l’appel de mon âme et du désir en moi de partager ce que je recevais par intuition. On a beau faire comme l’autruche et se mettre la tête dans le sable, le mal existe et l’humain est le porteur.

Alors, pour la première fois, je regarde en pleine face le côté sombre de la nature humaine… ce que je refusais de faire, depuis tant d’années.

J’aime dire que L’héritier est un roman inspiré parce que c’est la vérité. L’histoire est dure, elle bouleverse les lecteurs qui la lisent. Je le sais parce qu’elle m’a remuée pendant trois ans et qu’un grand nombre de lecteurs me l’a écrit.

Ai-je reçu une réponse en rédigeant L’héritier ? Je ne le sais pas. Par contre, ce que je sais, c’est que je n’ai pas d’auréole autour de la tête ni de cornes, que je suis une personne avec tout ce qu’il y a de plus humain appelé à grandir spirituellement.
Merci de me lire…

Coeur à Coeur
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